Pensé par moi-même

Lecture : Djaili Amadou Amal, celle qui nous alarme

Je viens de finir les trois romans de l’auteure Djaili Amadou Amal : Les Impatientes, Cœur du Sahel et Le harem du roi.  Je n’ai jamais lu des romans aussi rapidement de ma vie. Ces romans parlent de thèmes dont on ne veut pas parler. Peut-être parce qu’ils ne nous concernent pas ou peut-être qu’on les regarde de loin, comme un documentaire ARTE. Lire ces romans, c’est comme ressentir le terrible vécu des personnages. Cela nous rapproche un peu plus de la réalité que subissent certaines femmes. Il est important de préciser que je suis d’origine congolaise, mais que je ne suis ni religieuse, donc pas musulmane, ni peul et ni camerounaise comme l’auteure. Mes interprétations proviennent d’un regard extérieur, sans doute étranger à cette organisation sociale. L’idée n’est pas d’effectuer un résumé des livres mais plutôt de mettre en valeur les réflexions que j’ai eu à la suite de mes lectures.

Premièrement, les thèmes centraux sont les relations hommes/femme dans un contexte de mariage forcé et de polygamie. « Le bonheur se trouve au pied de ton mari » (Les impatientes) déclare le père de l’une des futures mariées alors que la date de son mariage avait été fixé. Je me souviens du choc que j’ai ressenti à la lecture de cette phrase. Tout est méthodique : les femmes naissent et grandissent pour servir au mieux leurs futurs époux. Il n’y a pas de place pour leurs rêves, leurs croyances, leurs envies. Elles n’ont pas de mots à dire sur le choix de leurs époux. Leurs seules missions consistent à cuisiner, s’occuper des enfants et effectuer les taches ménagères aidées par leurs domestiques. Que faire dans un monde comme celui-ci à part accepter le sort qui nous est réservé ?

Les femmes vivent perpétuellement dans un contexte de survie. La première épouse, la seconde épouse, la domestique, la mère devant abandonner son enfant pour que cette dernière puisse avoir une vie meilleure … Survivre mais à quel prix ? Empoisonner sa rivale, accepter les coups et les tromperies trop nombreuses de leurs époux, penser connaître l’amour en s’enivrant dans les bras d’un homme. Les méthodes sont nombreuses pour endurer une vie que l’on n’a pas choisi. Mais cela nous rend-il réellement heureux ?  Que voulons nous et que pouvons nous recevoir de gratifiant dans un monde qui ne nous laisse pas la place de réellement nous exprimer ?

Il reste sans doute quelque chose, une lueur d’espoir. Certaines de nos protagonistes ont espéré une vie meilleure : connaître le véritable amour même si celui-ci est interdit, reprendre des études trop vite abandonnées, divorcer et accepter de partir parce que la situation ne nous convenait plus. Certains espoirs ont tourné court : suicide, amours destructeurs. Mais, d’autres m’ont fait comprendre que l’espoir est indispensable lorsque notre milieu ne nous permet pas de nous révéler. Lorsque l’on s’accroche, l’espoir est sans doute le début d’un futur meilleur et heureux, la clé d’une vie que l’on imaginait impossible. « Les histoires d’amour finissent toujours mal en général » comme chantait Rita Mitsouko. C’est peut-être vrai. Mais la plus belle histoire se crée avec soit même, celle que l’on doit chérir et qui peut nous amener à surmonter l’insurmontable.

En quatre mots : courrez lire ces livres.


Laisser un commentaire